« Baptisé ou pas baptisé, qu’est-ce que ça change ? » J’ai passé ma vie à entendre cette question… qui contient déjà sa réponse : ça ne change rien !
Les lectures d’aujourd’hui viennent comme une réponse à cette paisible, certitude de ceux pour qui le baptême n’est qu’un ornement religieux, une fête familiale sympathique et sans lendemain.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle donc que le baptême appelle une façon de vivre radicalement nouvelle. Si, en effet, le baptême nous a «unis au Christ Jésus », comme le dit saint Paul, nous ne pouvons pas vivre comme si nous n’étions pas unis à lui de toutes les fibres de notre être. La vérité, ce n’est pas qu’on nous a versé de l’eau sur la tête il y a un certain nombre d’années, mais que, par ce geste, nous avons été en tout unis à Jésus, et pour toujours ! On ne peut pas séparer le baptisé du Christ, son Seigneur. Être unis, ce n’est pas entretenir une vague relation. Être uni, comme le mot l’indique, c’est ne plus faire qu’un.
L’enjeu de notre vie chrétienne sera donc de réaliser concrètement cette union. Car rien ne peut nous séparer du Christ, notre Seigneur sinon notre refus. Et l’indifférence est une forme de refus. En effet, notre péché nous fait poser des actes contraires à ce que nous sommes devenus réellement par la grâce. Si le baptisé est le Christ vivant dans le monde d’aujourd’hui, notre monde devrait avoir un goût de paradis…
Mais être unis à Jésus, c’est difficile. Saint Paul, nous rappelle clairement qu’il n’y a pas de vie nouvelle, sans une mort à notre vie ancienne. Et ça, c’est notre problème.
Alors la question que je posais au début, nous revient à la figure avec douleur: « Baptisé ou pas baptisé, qu’est-ce que ça change ? » Si cette question se pose, c’est que les baptisés ne sont pas totalement unis à Jésus, c’est que nos péchés nous rendent comme tout le monde! Or notre mission est de faire entendre une autre musique , de faire briller une vie nouvelle! Pour cela, nous dit saint Paul, nous avons à nous unir d’abord il à la mort du Christ. Il s’agit donc de mettre au tombeau notre vie ancienne avec ses rides grimaçantes et sa poussière envahissante. Tant que nous n’aurons pas mené jusqu’au bout notre combat contre le péché, personne ne verra ce que le baptême a changé dans notre vie. Ici, au Laus, toute sa vie, Benoîte Rencurel a engagé les pèlerins dans un vigoureux combat contre le travail intérieur du Mal et du péché. Il s’agit donc pour nous de lutter pied à pied contre tout ce qui défigure l’image du Christ en nous. Il s’agit de mourir en profondeur à nous-mêmes, pour naître à la vie nouvelle. C’est un travail de chaque instant, usant, parfois désespérant, mais un combat que le Christ mène avec nous. Nous avons à faire briller un mode nouveau d’existence : « Qui perd sa vie à cause de moi la trouvera », nous dit Jésus. Le baptême, c’est bien une vie nouvelle. La vie ancienne est engloutie pour que brille et s’épanouisse en nous la splendeur de la vie divine. Nous entrons donc avec détermination dans une lutte sans merci contre le péché avec Benoîte. C’est ça, le baptême ! Que la victoire de la grâce libère en nous la source toujours nouvelle d’une vie lumineuse et paisible, d’une vie en harmonie avec les autres, accordée à l’évangile, où le quotidien a déjà le goût du ciel.
Nous sommes là au cœur de l’expérience du Laus, au cœur de ce qui se déroule ici dans les âmes depuis bientôt 400 ans. Ne manquons pas ici et maintenant ce rendez-vous du ciel avec la terre. Une vie toute nouvelle nous est offerte à chaque battement de notre cœur. Accueillons-la dans la reconnaissance et dans la joie d’une vie transfigurée.
Père Michel Desplanches
Recteur
Homélie du dimanche 28 juin
Sunday 28 June 2026