Homélie du 5ème dimanche de Carême

dimanche 22 mars 2026

Par le père Philippe Blanc vice-recteur

D

 

 « Le maître est là, il t’appelle. » Cette invitation est adressée à chacune et chacun d’entre nous. Tous, nous sommes appelés car tous nous sommes aimés. Et nous sommes appelés dans la situation qui est la nôtre aujourd’hui. Au-delà de tous les préjugés et de tous les préalables, nous sommes tous invités à la vie. Nous entrevoyons déjà la joie de Pâques, cette joie et cette bonne nouvelle que nous célébrons dimanche après dimanche. Le Christ nous appelle à être vivant avec lui, il nous appelle à vivre de sa vie !

En nous appelant à la vie, Jésus accomplit la prophétie d’Ezéchiel : « je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. » Dieu qui est la source et l’origine de la vie est aussi ce Père plein de tendresse qui ne cesse de proposer à tout homme l’alliance pour une vie nouvelle. Cette alliance est promesse de liberté et de libération ; cette alliance est garantie de bonheur et appel à la vie. Puisque nous sommes ainsi invités à une communion dans le face à face et le cœur à cœur avec Dieu et aves les autres, n’ayons pas peur de sortir de toutes les cavernes où nous maintient le péché pour nous ouvrir à la vraie lumière. Laissons-nous rejoindre par le Christ, vainqueur de toute mort par la douceur et la puissance de son amour. Depuis notre baptême et notre confirmation nous avançons dans la vie en étant « sous l’emprise de l’Esprit », comme nous l’a rappelé saint Paul. Conduits par cet Esprit qui habite en nous, nous sommes dès à présent établis dans la vie avec Dieu et notre avenir est d’être ressuscités avec le Christ. D’ailleurs, dimanche après dimanche, nous affirmons : « je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. »

Tout au long de ce temps de carême, nous avons été invités à nous mettre en marche pour un pèlerinage de conversion à la suite de Jésus. Nous rejoignant dans nos luttes contre toutes les tentations, il a ravivé en nous le goût de la Parole de Dieu qui est nourriture pour la vie présente. En le suivant sur la colline de la Transfiguration, il nous a laissé entrevoir sa gloire et nous a offert d’y participer. Puis il a renouvelé notre désir et notre soif d’une eau jaillissante, signe du don de Dieu qui est à la fois source de vie nouvelle et guérison de toutes les blessures. C’est encore Jésus qui a ouvert nos yeux pour que nous soyons capables de le voir et qui a ouvert nos cœurs pour que nous osions rendre témoignage de ce qu’il accomplit en nous. Dernière étape avant l’entrée à Jérusalem, nous sommes aujourd’hui à Béthanie et Jésus nous invite, au-delà de notre confrontation avec la mort et au-delà des évènements de la passion, à proclamer notre foi : « tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » ; tu es « la Résurrection et la Vie. »

La liturgie nous a proposé de vivre les quarante jours du carême comme une expérience de préparation ou de renouvellement du baptême. Qu’il s’agisse des catéchumènes ou des plus anciens baptisés, tous nous avons été appelés à accueillir la vie d’enfants de Dieu, à renoncer à tout ce qui peut ternir ou détruire cette vie en nous, à dire oui à une vie dans la lumière et dans la paix, à suivre le Christ dans son obéissance au Père, à faire de notre vie une action de grâce et un don d’amour. La vie baptismale, c’est notre vocation commune et quotidienne ! Chacun d’entre nous a la responsabilité de mettre en œuvre cette vocation dans toutes les situations concrètes du quotidien. La vie chrétienne ne se vit pas dans les bonnes intentions ou dans une dimension virtuelle, mais dans la confrontation avec le réel de la vie humaine, des engagements et des choix de vie qui sont les nôtres. C’est là qu’il nous faut sans cesse passer de la mort à la vie en rejetant le tentateur et toutes ses séductions et en choisissant d’être dans la lumière de la vie nouvelle avec le Ressuscité. Alors que le mal et le péché nous enferment dans l’obscurité, l’amour de Dieu vient briser les pierres de nos tombeaux et nous appelle à sortir pour être dans la vie et demeurer dans la gloire.

Marthe et Marie doivent sortir de leur tristesse et de leurs regrets ; les disciples doivent sortir de leurs incompréhensions et de leurs peurs ; les juifs qui sont là présents doivent sortir de leur incrédulité et de leurs doutes ; Lazare doit sortir de son tombeau et être délié de ce qui le retient… et nous aussi, nous devons sortir pour respirer dans le souffle de l’Esprit que nous donne le Christ ressuscité. Nous devons sortir pour aller à la rencontre de tous nos frères et sœurs qui ne savent pas encore qu’ils sont aimés et attendus par Dieu. Nous devons sortir pour faire briller la lumière de la vie dans toutes les zones encore obscures de notre humanité. Nous devons sortir comme autant de témoins du Christ prêts à s’engager pour que l’évangile soit annoncé, pour que la paix soit partagée, pour que le Royaume soit édifié. Dans la belle diversité de ce que nous sommes, nous devons sortir pour qu’ensemble nous soyons de plus en plus une incarnation de l’Église de Jésus Christ, une communauté où chacun et chacune se sente et se sache accueillie, une famille soucieuse de transmettre des valeurs de vie pour le bonheur de tous et de chacun. Entendons l’appel du Christ et choisissons la vie !