Fête du Christ Roi de l'Univers

dimanche 21 novembre 2021

Par Mgr Xavier Malle, évêque de Gap (+Embrun)

Nous sommes réunis ce dimanche au Sanctuaire du Laus, pèlerins ou habitués du Laus, agriculteurs chrétiens du diocèse de Gap, sessionnistes de la session Hildegarde, pour la fête du Christ-Roi. C’est aussi le dimanche du Secours Catholique, occasion pour moi de remercier tous les chrétiens qui s’engagent auprès des plus pauvres.

La fête du Christ Roi clôt de notre année liturgique. Dimanche prochain, le premier dimanche de l’Avent, sera donc l’ouverture d’une nouvelle année liturgique. A cette occasion, nous utiliserons dans la mesure du possible la nouvelle traduction du Missel Romain. Vous verrez que ce n’est pas une révolution, qu’il y a de belles améliorations, et que devant être attentif aux nouvelles formules que vous prononcerez, vous redécouvrirez la richesse de notre liturgie eucharistique. Ce n’est pas seulement une amélioration théologique, mais ce peut réellement être pour chacun une nouvelle étape dans votre vie spirituelle. Nous l’avons déjà vécu avec le changement de la traduction du Notre-Père. Vous trouverez dans vos petits missels mensuels, ‘Prions en Eglise’, ‘Magnificat’ ou ‘Parole et Prière’ la nouvelle traduction, ou vous pourrez vous les imprimer depuis les sites internets de vos diocèses.

Le Christ-Roi, quelle idée d’appeler ainsi cette fête alors même que Jésus lors de sa passion refuse une royauté politique. Le procurateur romain fait son enquête : « Es-tu le roi des juifs ? ». Jésus répond : « Ma royauté n’est pas de ce monde ». « Alors tu es Roi ? » « C’est toi qui dis que je suis roi. » Jésus accepte donc une royauté, mais laquelle ?

Après la multiplication des pains, la foule a cherché à le faire roi, pour renverser le pouvoir romain. Ses disciples mêmes pensaient que le royaume de Dieu sur la terre devait être instauré par une lutte armée. A Gethsémanie, Pierre s’est battu avec son épée jusqu’à ce que Jésus l’arrête. Jésus ne voulait pas être défendu ; il voulait faire la volonté de son Père, il voulait établir la royauté par l’offrande de sa vie.

Cela ne veut pas dire que le pouvoir politique n’est pas important ni respectable. Et nous sommes heureux que Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Europe ait été déclaré récemment vénérable, étape précédant la béatification. Oui, il est important que des chrétiens s’engagent en politique. Mais ce n’est pas le seul pouvoir qui peut exister. « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Jésus fait référence à la vérité divine, à ce qu’est Dieu en vérité : « Dieu est amour » dira simplement saint Jean. Et alors Dieu veut établir le règne de l’amour dans le monde, il veut que l’amour règne. 

Les Royaumes fondés sur les armes sont fragiles ; les Royaumes fondés sur la civilisation de l’amour sont durables. Comme le dit le prophète Daniel, « sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » « L’amour jamais ne passera » écrira saint Paul. Comment faire régner l’amour dans le monde. Car c’est une priorité. Notre monde est dangereux. Le ministre des affaires étrangère dit cette semaine dans une interview : « Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites : ils projettent des milices privées partout, détournent des avions, font exploser des satellites, ils subordonnent des peuples, siphonnent des ressources sur certains continents, je pense à l’Afrique, en obligeant les pays concernés à crouler sous l’endettement. » Alors que faire ? Je citerai deux points :

La seule issue est de faire régner le Christ dans nos cœurs afin qu’il règne sur le monde : c’est ce que la fête du Christ-Roi nous invite à faire. « Que ton règne vienne », dirons-nous tout à l’heure au Père. Que notre foi soit première dans notre vie. Alors l’amour sera premier.

Mais aussi et c’est le second point, il nous faut avoir des idées claires et bien en place. Comprendre, selon le refrain de l’encyclique du Pape sur l’environnement ‘Laudato Si’ que « tout est lié ». Vous découvrez, ou redécouvrez grâce à cette session, la figure de Sainte Hildegarde de Bingen, bénédictine allemande du 12ème siècle, déclarée docteur de l’Église par le Pape Benoît XVI en 2012. Il citait déjà en 2010 les écrits d’Hildegarde témoignant de ses visions mystiques, dont une « de Dieu qui vivifie l’univers par sa force et sa lumière », qui décrivent « la création dans son rapport avec Dieu et la place centrale de l’homme » et soulignent « la profonde relation entre l’homme et Dieu et […] que toute la création, dont l’homme est le sommet, reçoit la vie de la Trinité ».

C’est là le souci actuel, remettre les choses à leur bonne place, l’homme au sommet de la création, mais en le comprenant bien. Le thème « Y a t’il une nature humaine différente de la nature animale ? De la chèvre de la bergère Benoîte Rencurel au débat d’actualité, » qui a réuni des agriculteurs chrétiens ce matin avec le frère Albert-Henri Kühlem, dominicain du couvent de Marseille, a traité de cette question contemporaine. Car Chantal Delsol, une philosophe chrétienne qui passe ses vacances dans la Vallouise, dans son ouvrage sur ‘La fin de la chrétienté’

(2021) montre un retournement « concernant la signification et la place de l’homme dans l’univers » : un « cosmothéisme » supplante le monothéisme judéo-chrétien. Le pape François nous a à juste titre, et je pense que c’était vraiment inspiré, invité à une conversion écologique, dont la base est une lecture renouvelée du livre de la Genèse chapitre 1, versets 27-28 : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. Dieu les bénit et leur dit : ‘Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.’ » Il a pu y avoir une interprétation ‘despotique’ de cette parole de la Genèse, l’homme comme despote de la nature, et on voit comment des régimes communistes ou capitalistes ont pu l’être et abîme la terre, dont le dérèglement climatique est la conséquence. Mais il y a une interprétation que le pape nous invite à suivre qui est l’interprétation de l’intendance, selon laquelle l’homme n’est pas là pour maitriser la nature, mais pour prendre soin du jardin qui lui a été confié. Elle se justifie par d’autres versets, selon lesquels Dieu a modelé « l’homme avec la poussière du sol » et l’a placé dans le jardin d’Eden « pour qu’il le travaille et le garde ». Surtout, le verset « Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon » change la perspective : la Création est bonne en soi, et mérite donc un égard pour elle-même. L’éleveur voit son animal comme un être avec lequel il a une relation, et c’est cela qu’il aime dans son métier.

Je termine avec une invitation du théologien, Olric de Gélis, (https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/12/les-racines-chretiennes-de-la-crise-ecologique_6101811_3232.html) à une charité encore plus intense à l’égard des humains, une gratitude à l’égard de toute la Création et, enfin, une action de grâce renouvelée à Dieu pour ces trésors. Car dit-il, « la question écologique pose, au fond, celle de savoir si Dieu peut habiter le monde ». Qui est le roi de l’univers ? Dieu ? Ou l’homme, la machine et l’argent. Que Dieu règne en nos coeurs pour que l’amour règne dans le monde. Amen.