33ème dimanche du temps ordinaire

dimanche 14 novembre 2021

Par le père Miguel Mekena Mekongo vice-recteur

Le crépuscule des idoles

Frères et sœurs bien-aimés, à mesure que nous cheminons vers la fin de l’année liturgique, notre Église nous donne de réfléchir sur la fin des temps ; ou mieux, la fin d’un temps. Il faut dire que le chapitre 13 de l’évangile selon saint Marc dont est tiré la Bonne Nouvelle de ce jour fait partie de ces écrits bibliques mystérieux, troublants que beaucoup de voyants, mystiques, prophètes reconnaissent comme étant le scénario-catastrophe de la fin du monde. Dans mon pays d’origine beaucoup d’églisettes et sectes naissent et se maintiennent grâce à ces textes.


En écoutant les paroles de Jésus de ce jour, nous aussi nous pouvons être portés à croire qu’il fait allusion à la fin du monde en parlant de guerres, de tremblement de terre, de calamités, de grande détresse etc. Mais cette détresse est en réalité celle de toutes les époques : c’est celle des 1ers  chrétiens qui ont vu le temple de Jérusalem détruit tel que l’avait prédit Jésus, qui ont subi la persécution de l’empereur romain Néron au cours de laquelle deux grands piliers ont perdu la vie : Pierre et Paul. Cette détresse, c’est celle de femmes et d’hommes de tous les temps qui souffrent de misères diverses et variées sous le regard de tous. Jésus n’annonce donc pas dans son discours des catastrophes extraordinaires : quand n’avons nous pas vu dans ce monde des guerres, des calamités, de la détresse ? Il ne parle pas pour faire des prévisions sur l’avenir, il veut plutôt nous apprendre à lire les événements présents sous le regard de Dieu, afin de découvrir leur vrai sens.


Face aux guerres, aux injustices que subissent les innocents, à la pauvreté matérielle et spirituelle nous pouvons être tenté de dire que le monde envahi par le mal et guidés par l’égoïsme des hommes est voué à sa perte, et conclure que le Règne de Dieu était un beau rêve de Jésus, mais il ne se réalisera jamais. Cependant, le Christ nous invite à lire différemment notre histoire avec ses douleurs. Ce sont en fait les douleurs d’un enfantement, signe de la naissance d’une vie, d’un monde nouveau, et non pas signe de mort. Après une grande détresse, qu’est-ce-qui arrivera ? La déception de toutes les espérances ? Jésus dit NON ! il adviendra quelque-chose de merveilleux, que j’appelle moi Le crépuscule des idoles pour reprendre Nietzsche.


« En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. Cette image apocalyptique que Jésus utilise, il ne l’invente pas, elle se trouve déjà chez Isaïe au chapitre 13 : « Les étoiles du ciel et ses constellations ne brilleront plus de leur lumière ; le soleil, dès son lever, s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté » (Is 13, 10). Tous les peuples de l’ancien Moyen-Orient considéraient les astres comme des divinités, et considéraient que tous les événements du monde dépendaient d’eux : ils pouvaient contribuer à l’émergence de la vie, de la végétation ou provoquer de grandes calamités et pour cela il fallait leur offrir prières et sacrifices.
Que signifie alors cette image, cet assombrissement des divinités du ciel. Jésus veut dire qu’avec l’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume, commence un monde complètement nouveau. Toutes ces divinités qui avaient séduit l’humanité, et qui justifiaient l’esclavage, les cruautés de tout genre, la corruption morale, l’oppression des peuples, des pauvres, des veuves et des orphelins perdront leur splendeur. Là où arrive la lumière du Christ les idoles s’assombrissent. Qui sont ces astres, ces étoiles qui tombent ? Ce sont les règnes de ce monde qualifiés de bestiaux par le prophète Daniel, contemplés, admirés et invoqués, qui par des formes de désordre moral et social engendrent toujours de nouvelles formes de pauvreté. Ils placent au centre l’intérêt de certaines catégories privilégiées, développent des systèmes sociaux économiques sans scrupules, dépourvus de sens humanitaire qui piègent et frappent des personnes qui vivent déjà dans des conditions précaires.


Jésus dit que toutes ces étoiles ne sont pas des divinités, et face à l’évangile, elles tombent et occupent leur vraie place, comme Isaie dit à Nabucodonozor, roi de Babylon : « Tu es tombé du ciel, astre brillant, fils de l’aurore ! Tu es renversé à terre, toi qui faisais ployer les nations » (Is 14, 12). Voilà la joyeuse annonce que Jésus nous porte. Ce message est tout autre que catastrophique. C’est l’annonce d’un tremblement de terre qui fera tomber tous les règnes déshumanisants de ce monde : le règne de l’injustice, du mensonge, de l’hypocrisie ; des règnes tellement bien structurés au point que nous pensons qu’ils ne tomberont plus. Non, ils tomberont nous dit Jésus. Le ciel et la terre passeront, ces paroles-là ne passeront pas.
Il y a aussi plusieurs autres étoiles qui tomberont et nous espérons qu’elles tomberont vite, parce qu’elles ont déjà mis trop de temps au ciel, et elles ont séduit beaucoup parmi nous. Le dieu vengeur, vindicatif, qui est une fausse divinité, une idole créée par l’homme. Quand nous verrons tomber cette étoile, cette idole, nous devrons nous réjouir. Quand nous verrons aussi tomber les étoiles modernes qui trompent tant de personnes avec leurs fausses promesses, ces idoles que sont le sécularisme, le permissivisme, l’indifférentisme religieux, la mentalité hédoniste qui ont dispersé les élus, vidé nos églises et créé des défection dans nos camps, il y aura à se réjouir parce que ce seront des idoles de moins adorées.


« Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel ». Après des règnes de bêtes, les unes plus féroces que les autres, il y a un dernier règne qui ne sera plus celui d’un animal, mais celui du Fils de l’Homme. Tous ces pouvoirs bestiaux, inhumains tomberont devant cette puissance humanisante, qui redonne vie à l’homme. Ce dernier règne, celui du Fils de l’Homme réparera les discordes causées par ces idoles. Il n’admet pas que ses disciples se dispersent, s’égarent, s’éloignent les uns des autres ; il n’admet pas que les personnes en fragilité soient extérieure à la communauté.
« Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel ».

Ces anges rassembleurs n’indiquent pas simplement ces êtres spirituels qui louent le Seigneur jour et nuit ; ils indiquent tous les médiateurs du salut et de la tendresse de Dieu. Ange ici est un nom qu’on donnerait légitimement à tous les instruments de Dieu en faveur de l’homme. Qui sont donc ces anges ? C’est vous mes frères qui aujourd’hui êtes encore fidèles au Christ et à l’évangile, et qui donnez tout pour réunir les frères qui ont abandonné la communauté ou qui en sont exclus pour diverses raisons ; c’est vous qui avez compris qu’en Christ il n’y a plus de riches ni de pauvres, de juifs ni de païens, il n’y a plus d’exclusion ; c’est vous qui, par le partage et une attention aimante à l’autre, œuvrez pour une vie plus fraternelle.


Pour ceux qui ne se sentent pas encore anges au service de cette mission, laissons résonner en nous cet appel du Fils de l’Homme qui nous confie cette mission de rassemblement.
Loué soit Jésus-Christ !