lundi 18 avril 2022

Par le père Ludovic Frère, recteur

La grande course de Pâques !

Après quoi courez-vous dans la vie ? Une super-promo à ne pas manquer ou une opportunité de carrière ? La dernière rumeur ou la nouvelle théorie du complot qui fait le buzz sur internet ? Qu’est-ce qui vous fait courir ? Courir pour perdre du poids ou pour se maintenir en forme ; courir pour se retrouver dans les bras d’un bien-aimé : ou courir par peur de manquer un train… ou peur de manquer tout court. Pourquoi et après quoi courez-vous dans la vie ? On pourrait paraphraser une parole de Jésus, en disant : « Là où est ta course, là aussi sera ton cœur… »

 

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Or, avez-vous remarqué que, dans l’évangile, depuis hier matin, ça court dans tous les sens ! Il y a d’abord eu Marie-Madeleine, surprise de voir la pierre du tombeau roulée. « Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple ». Les voilà qui se mettent à courir à leur tour, pour arriver rapidement jusqu’au sépulcre. D’habitude, on ne court pas dans un cimetière… mais là, il n’est pas possible de faire autrement !

 

Les femmes visitées par l’ange courent elles aussi porter la nouvelle aux apôtres enfermés. Et le soir du même jour, les disciples d’Emmaüs, pourtant fatigués et ralentis jusque-là par leurs espoirs déçus, courent à leur tour jusqu’à Jérusalem pour annoncer leur rencontre avec le Ressuscité !

Et depuis-lors, les disciples du Christ ne cessent de courir ! Jusqu’au bout du monde, les missionnaires ont couru et courent encore pour annoncer la victoire pascale. Courir jusqu’au martyrs, courir jusqu’à l’épuisement.

 

Courir comme le font beaucoup de nos prêtres, d’une sépulture à un baptême. Courir comme le font de nombreux consacrés, courant à la prière comme on court à une source.

 

Courir comme le vivent des célibataires, des couples, des familles, des veufs, des malades…en cherchant à témoigner du Christ ressuscité dans le quotidien de leur vie. Dans les choses les plus ordinaires, mais en courant avec enthousiasme : Courir parce qu’il faut que le monde entier entende cette nouvelle qui change tout :

Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

 

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Oui, Pâques nous provoque à courir ! Depuis ce jour, impossible de rester immobiles, impossible d’avancer en trainant les pieds ! Quel que soit notre âge ou nos fatigues, désormais, il faut courir ! Plus qu’un impératif, c’est notre condition nouvelle, la condition des ressuscités.

 

Isaïe l’avait bien prophétisé, quand il s’exclamait : « Comme il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la bonne nouvelle, qui annonce le salut […]. Écoutez la voix des guetteurs, leur appel retentit, c'est un seul cri de joie ; ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion » (Isaïe 52, 7-9). Oui, de leurs yeux, les Apôtres l’on vu ; et nous, c’est par les yeux de la foi que nous le voyons tout aussi clairement : le Seigneur revient à Sion… entendez par là :il revient de la mort jusqu’à la montagne de Jérusalem. Il revient, et sa victoire nous fait nécessairement courir sur les montagnes !

 

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Quel contraste entre cette course enthousiaste et l’immobilisme des chefs religieux. Nous venons de l’entendre : les voilà enfermés dans leur salle du conseil et plus encore dans leur mensonge !

 

Quel contraste et quelle interpellation pour nous tous ! Depuis que le Christ est revenu de la mort, depuis qu’il a terrassé le Mal, vivons-vous chaque instant comme une course ?... Ou sommes-nous tentés, comme ceux qui refusent la victoire du Ressuscité, de rester dans l’immobilisme, par peur de perdre quelque chose, ou par paresse, ou par obstination.

 

Célébrer Pâques, c’est toujours se laisser provoquer à courir. D’abord pour faire le point : en quoi avons-nous couru à cause du Ressuscité depuis Pâques de l’année dernière ? Et depuis la nuit de samedi, qu’est-ce qui a changé encore dans notre rythme, dans notre enthousiasme à courir pour le Ressuscité ?

 

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Pour vous encourager à courir et à courir encore, me permettrez-vous aujourd’hui de me faire un peu votre coach sportif. Sans prétention ; juste en vous proposant quelques moyens efficaces pour bien courir, quel que soit l’âge de vos articulations.

 

Premier moyen essentiel. Tout sportif vous le dira : pour durer dans un effort, il faut bien s’hydrater ! Nous l’avons encore vécu au début de cette messe, comme samedi dans la nuit, comme hier matin : l’aspersion de l’eau baptismale nous rappelle la nécessité de puiser dans l’eau de notre baptême de quoi ne pas nous dessécher en route.

 

Il n’est donc évidemment pas possible de faire une aspersion qui mouille à peine : non, c’est une eau vive et abondante qui nous abreuve, pour la grande course de l’évangélisation et du salut. Il faut donc y boire et y boire encore, pour ne jamais renoncer à être des témoins vivants de Jésus vivant !

 

Deuxième conseil de votre coach sportif : ne pas trop se charger. Avec de gros sacs trop remplis, on ne parvient pas à bien courir. C’est une évidence, mais nous sommes très doués pour nous illusionner nous-mêmes. Nous nous chargeons de biens matériels et de titres, de désirs d’avoir raison et de soif maladive d’être reconnus. Nous nous chargeons et nous nous plaignons ensuite que la course soit trop difficile à mener.

 

Alors, si le Carême n’a pas suffi, cette Octave pascale est faite pour laisser sur le bord de la route tout ce qui nous ralentit, à commencer par ce satané orgueil qui pèse souvent bien lourd sur nos épaules. Courons légers, frères et sœurs ! Nous ne manquerons alors pas d’endurance, et le Christ nous l’a promis : nous ne manquerons même de rien !

Troisième conseil de votre coach sportif spirituel : être bien chaussés. C’est indispensable pour courir sur tous les terrains de la vie. Dans la lettre aux Éphésiens, saint Paul évoque justement les chaussures nécessaires pour bien courir, quand il dit : « les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’évangile ».

 

L’ardeur, c’est-à-dire la vivacité, l’enthousiasme ! On voit trop de chrétiens qui ont l’ardeur des gastéropodes ! À trainer dans son lit, devant sa télé, sur internet ou dans les commérages… collés au sol comme des limaces, laissant juste une trace baveuse sur leur passage. Ça n’est pas cela, être disciples du Christ !

 

Le Seigneur ne nous a pas faits limaces ; il nous a fait « ressuscités » ! Il ne nous a pas voulu rampant sur le sol, mais courant dans le monde ! Le choix est donc clair : ce qui doit nous faire courir, c’est l’ardeur de la charité, de la bienveillance, de la bonté ! Rien que cela et tout cela, car le Christ est ressuscité !  

 

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C’est donc entendu : Hydratés, pas trop chargés, bien chaussés… nous voilà prêts à courir comme des ressuscités !

 

Dans cette course exaltante, Marie nous précède. Je crois bien d’ailleurs qu’elle fut la première à courir au matin de Pâques : nouvelle Ève, Mère des sauvés, elle entraîne toutes les créatures illuminées par la victoire pascale dans une course joyeuse ! Regardez ici Benoîte Rencurel : lors de l’apparition de Pindreau, les Manuscrits du Laus nous disent : « Elle y court à toutes jambes» ! Parce qu’elle rencontre la Vierge Marie, la bergère se met à courir.

C’est donc bien Marie, notre véritable coach sportif ! Elle nous appelle à persévérer dans notre course, même quand ça nous semble trop difficile : toujours courir vers le Ressuscité ! Marie est là, qui nous encourage en nous disant : « cours vers mon fils, il t’attend ! » Et, dans le même mouvement : « Cours vers les autres, ils ont tellement besoin de mon fils ! »

 

Alors, courons, et courons sans nous lasser, sans nous fatiguer, comme y encourage le livre d’Isaïe ; d’ailleurs ça pourrait être votre feuille de route pour retourner chez vous après votre séjour au Laus.

 

Gardez à l’esprit cette parole du livre d’Isaïe, chapitre 40, verset 31 : « Ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40,31).

 

Limaces ou aigles, le choix est vite fait, vous ne trouvez pas ?

 

Alors, prenez votre envol, aigles du Seigneur, car le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !