Homélie du 5ème dimanche du temps ordinaire

dimanche 08 février 2026

Par le p. Philippe Blanc, vice-recteur

 

Donner de la saveur à la terre et transmettre une lumière au monde, voilà la mission des disciples de Jésus… et donc la nôtre. C’est l’appel de Jésus à tous ceux qui s’approchent de lui pour se mettre à son écoute. Être sel de la terre et lumière du monde, c’est donc la caractéristique de tout disciple de Jésus. Déjà le prophète Isaïe rappelait au peuple qu’il avait été choisi pour que sa lumière se lève dans les ténèbres. Nous sommes les héritiers de cette mission et, avec Jésus, elle n’est plus limitée à un peuple, mais elle confiée à tous ses disciples.

     Il faut donc que le sel soit du sel et que la lumière soit une lumière. Comme le dit Jésus, on n’a que faire d’un seul affadi et qui n’est plus capable de donner une saveur nouvelle. De même, une lumière qui se cacherait ou qui n’oserait plus s’offrir aux autres n’aurait aucune utilité. Plus précisément encore, et plus gravement aussi, Jésus dit que ce sel affadi est jeté dehors et qu’il est piétiné. Alors qu’est-ce que tout cela peut signifier pour nous ?

     L’image du sel et de la lumière disent quelque chose de ce que nous sommes et donc de notre mission aussi. Dans la continuité avec les Béatitudes, nous pouvons comprendre que nous serons sel et lumière dans la mesure où nous vivrons la pauvreté du cœur, la douceur, la soif de la justice, la disponibilité au pardon, la pureté du cœur et des regards, l’engagement pour la paix, la fidélité dans les épreuves et dans le témoignage rendu au Christ. Nous serons sel et lumière si nous acceptons de nous mettre à l’écoute de l’Évangile et si nous nous engageons à le vivre concrètement dans la diversité de nos vocations personnelles. Comme saint Paul, nous sommes envoyés pour aller à la rencontre de celles et ceux qui n’ont pas encore entendu parler du Christ ou qui, ayant entendu, ont oublié ou réduit seulement à un souvenir d’enfance. Si nous allons chez vous, dit l’apôtre, c’est pour vous annoncer le mystère du Christ. Voilà notre mission, mission qui est toujours à reprendre et à actualiser. Ne soyons pas silencieux alors que beaucoup cherchent un sens à leur vie et les fondements d’une vie morale orientée vers le bonheur et la liberté. Ne soyons pas un sel affadi alors qu’une pincée d’amour suffirait parfois pour qu’un nouveau monde voie le jour. Ne soyons pas une lumière cachée ou en panne alors qu’une étincelle d’espérance pourrait raviver le goût et la joie de vivre.

     L’Esprit du Seigneur nous pousse et met en nos cœurs et sur nos lèvres les paroles qui deviennent une bonne nouvelle offerte à tous. Nous connaissons notre faiblesse et nous sommes craintifs et tremblants alors qu’il nous est demandé d’aller partager et dire nos raisons de croire, d’aimer et d’espérer. Le dynamisme missionnaire de l’Église, des baptisés, ne s’appuie pas d’abord sur des compétences qui viendraient de l’extérieur mais sur la puissance de Dieu qui se déploie y compris dans notre faiblesse. Le Christ nous promet la présence et l’assistance de l’Esprit pour que nous vivions dans la liberté des enfants de Dieu. C’est cet Esprit qui ravive en nous la saveur des disciples missionnaires. C’est lui qui rallume en nous la lumière qui brille devant les hommes.

     Bien que le sel et la lumière soient importants, ils ne sont pas utiles s’ils restent seuls, s’ils restent enfermés dans leur boîte ou leur cachette, s’ils se contentent d’être simplement à côté des autres aliments ou de tout ce qui peut être mis en valeur. Alors, puisque nous sommes sel et lumière, et en veillant à demeurer sel et lumière, allons rejoindre notre monde qui est usé par l’injustice et la violence, qui est défiguré par la haine et la division. Allons vers ce monde qui devient fade à force de ne plus savoir qui est Dieu et qui est l’homme, vers ce monde qui devient terne à force de se satisfaire des paillettes et des plaisirs passagers. Nous qui sommes à l’écoute du Christ, laissons-nous porter par l’Esprit pour aller annoncer son amour et son engagement jusqu’au bout du don de lui-même pour tous les hommes. Nous qui sommes nourris du Corps du Christ, osons offrir le Pain de la vie nouvelle à tous les affamés. Nous qui sommes de la famille du Christ, tendons nos mains vers tous ceux qui manquent d’espérance, vers tous ceux qui se croient rejetés ou qui s’imaginent qu’ils n’ont plus de place parmi nous. C’est aussi cela être sel de la terre et lumière du monde.

     Et n’oublions pas que cette mission d’être sel et lumière n’a pas pour but de nous mettre nous-mêmes en valeur. Le but, Jésus nous le rappelle dans l’évangile : « voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »