On aime bien dire que l’amour est aveugle et il est vrai que cela se vérifie parfois. Pourtant, à l’écoute des lectures de ce jour, il semble bien que cet adage ne soit pas si évident que cela. Ce serait même le contraire! L’amour accroît fortement notre acuité visuelle.
Mais commençons par notre première lecture, lorsque Dieu choisit David parmi les sept fils de Jessé. Le texte nous révèle que le prophète, comme Jessé d’ailleurs, , ne voit pas ce que Dieu a vu. Pour Samuel, le roi doit être grand et fort pour être un souverain crédible et un chef de guerre vigoureux. Et voilà que Dieu choisit David, le petit dernier, celui qui garde les brebis dans la montagne. Son père n’avait même pas pensé à le présenter au prophète. Mais Dieu a vu en David ce que personne ne voyait. Et ce phénomène se reproduit bien souvent dans l’Ecriture. Moïse est un meurtrier et, qui plus est, il est bègue. Le vieux prophète Amos va corriger les riches et les puissants, lui qui n’est qu’un pauvre bouvier. Les apôtres eux-mêmes, choisis par Jésus, n’ont rien d’éblouissant aux yeux du monde. L’amour que Dieu porte à ceux qu’il appelle n’est donc pas un amour aveugle. Bien au contraire, il voit ce que personne ne voit: le cœur, l’identité profonde, le mystère unique de chacune de ses créatures. Et il semble nous inviter à entrer dans son regard. Il nous appelle à scruter l’invisible, à guetter ce que nos yeux d’aveugles ne peuvent pas discerner.
Ce temps de carême que nous traversons est un temps de grâce, un temps pour ouvrir les yeux sur les réalités d’en-haut. Souvenons-nous qu’on appelle aussi le baptême "l’illumination". Les yeux de celui qui est baptisé s’ouvrent à l’invisible puissance de Dieu qui se révèle à lui comme Père. Ainsi, le baptisé est appelé entrer dans le regard du Père sur le monde, dans un regard qui décèle la présence agissante de la grâce chez tous ceux que nous croisons.
Notre regard humain est souvent usé par de vieilles rancœurs, des jugements recuits et des reproches inavoués. Le regard de Dieu, lui, est toujours neuf. Il s’émerveille de son œuvre, de tout ce qui n’est pas visible à nos yeux de chair. Entrant dans le regard de Dieu, nous aurons pour mission de révéler l’autre à lui-même, de lui faire découvrir tout ce qu’il porte d’unique et de précieux.
À nous d’ouvrir les yeux pour que s’ouvrent les yeux de nos proches car notre chemin de carême nous conduit des ténèbres à la lumière.
Dans quelques jours, durant la sainte nuit de Pâques, nous tiendrons tous un cierge à la main. L’église, plongée dans la nuit, se remplira de baptisés portant la lumière. Chaque année, je contemple ces visages de lumière qui sortent de l’ombre. Quelle joie merveilleuse !
Nous avons déjà passé la moitié de notre carême. Voici que, peu à peu, monte en nous la lumière qui donne des couleurs à la vie. Avec confiance et humilité entrons dans cette douce lumière du regard de Dieu. Regardons le monde avec les yeux du Père, aimons-le avec son cœur! Ce dimanche est un véritable dimanche de joie car, dans le chaos de notre pauvre monde, l’amour de Dieu nous ouvre les yeux sur les merveilles de l’invisible… c’est pourquoi l’espérance ne mourra jamais !
Père Michel Desplanches
Homélie du 4ème dimanche de Carême
dimanche 15 mars 2026