Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Sunday 19 April 2026

Par le père Michel Desplanches, recteur

Tout était donc fini ! Cléophas et son ami n’avaient plus rien à faire à Jérusalem. Il était temps de reprendre ses activités d’autrefois. La parenthèse enchantée se refermait de manière dramatique. Le rêve de voir Jérusalem délivrée s’était écrasé devant le drame de la Croix. Il allait falloir trouver de nouvelles raisons d’espérer, de vivre, de croire.
Ces hommes étaient proches du groupe des apôtres, ils avaient connu et écouté Jésus, mais pourtant, toute leur aventure était restée sur le plan humain. Jésus n’était à leurs yeux qu’« un prophète puissant par ses actes et ses paroles ». Les disciples d’Emmaüs en étaient restés là : une aventure humaine, inspirée certes, mais pas plus. D’ailleurs, elle avait échoué…
Combien de déceptions et d’échecs avons-nous vécu dans notre vie ? Combien de fois avons-nous tourné en rond, sans comprendre, suite à un ratage, à une déception incompréhensible et blessante ? Alors, nos logiques humaines n’ont  plus de sens et nous sommes égarés, désemparés.
Et c’est précisément là, au cœur de nos impasses,  que Jésus vient nous rejoindre et nous ouvrir un chemin d’avenir. Nos yeux d’aveugles avaient besoin de s’ouvrir. Et Jésus est venu à notre rencontre. Pas de nuée lumineuse, pas d’anges jouant de la trompette, non… Un simple compagnon de route qui vient nous rejoindre dans la discrétion et marcher à nos côtés. La première expérience de la foi, c’est de découvrir que nous ne sommes plus seuls sur les chemins de la vie.  Le Seigneur nous a rejoints, même si nous ne le reconnaissons pas tout de suite. Nous savons qu’il est à nos côtés.
C’est là la première expérience spirituelle : découvrir que je ne suis jamais seul. Jésus m’accompagne sur les chemins de mes joies comme de mes échecs… Notre Dieu, nous le savons en parcourant la Bible, notre Dieu est un Dieu qui marche avec nous. Il n’est pas un idole immobile, mais un Dieu vivant dont  le cœur veut battre au rythme du nôtre et qui rythme son pas sur le nôtre. L’expérience de l’exode en est l’expression la plus admirable. Dieu ne nous abandonne jamais. Il nous lance sur les chemins, forts d’une promesse, mais il marche avec nous dans nos joies comme dans nos drames. Cette certitude doit nous habiter profondément.
Et que fait Jésus sur la route d’Emmaüs ? Il relit  les évènements du jour à la lumière des Ecritures. C’est-à-dire que, sans cesse, il nous faut placer ce que nous vivons sous la lumière de l’expérience biblique. Un chrétien ne peut pas faire l’économie de cette lecture du quotidien nourri et habité par la révélation. Car notre quotidien est une histoire sainte, une histoire habitée par Dieu. Nous avons à le découvrir, à faire ce travail qui donne sens à nos épreuves, qui réveille notre espérance et nous fait grandir dans la foi.
Ne croyons pas que nos sentiments ou notre ressenti suffisent pour pénétrer le plan de Dieu. L’Ecriture n’est pas un ensemble de récits émouvants. Elle est la lampe qui est éclaire notre nuit et qui guide nos pas pour faire de notre vie une réponse d’amour au Dieu qui nous a rejoints sur la route.
Mais l’histoire d’Emmaüs ne s’arrête pas à la rencontre avec Jésus, Verbe, Parole de Dieu  accomplie en plénitude. À la Parole, Jésus va joindre le geste de la fraction du pain à la table d’Emmaüs. Il prend le pain, le bénit et le partage. Et, au moment, même où les yeux des disciples s’ouvrent, Jésus disparaît à leur regard de chair. La foi prend alors le relais. Ce pain partagé sur la table de l’auberge d’Emmaüs, c’est sa présence véritable. L’Ecriture sans l’Eucharistie ne suffit donc pas. Ça n’est que devant le pain rompu que nous reconnaissons la présence véritable du Ressuscité. C’est là que nous recevons la vie nouvelle, dans la joie d’être ensemble l’Eglise de Pâques, l’Eglise enthousiaste de la foi qui chasse toute peur. Et, comme nous sommes envoyés à la fin de chaque messe, les disciples d’Emmaüs refont le chemin de Jérusalem à l’envers, dans la nuit, pour annoncer aux 11 que le Christ est vivant, ressuscité. Plus rien ne peut arrêter notre élan. Jésus n’est plus seulement un compagnon de route qui marche à nos côtés, Il est le pain vivant qui s’offre et demeure en nous. Il est le feu qui brûle nos cœurs à la table d’Emmaüs. Il est désormais la vie de notre vie et rien, pas même la mort, ne pourra nous séparer de Lui. Il est vivant en nous à jamais. Amen.

Père Michel Desplanches
Recteur