Homélie du 3ème dimanche de Carême

dimanche 08 mars 2026

Par le père Michel Desplanches, recteur

Comme moi, vous en avez fait l’expérience : la soif est un besoin qui peut devenir obsédant . Tout notre corps assoiffé ne pense alors qu’à boire. En effet, les fonctions vitales dépendent avant tout de l’eau que l’on boit. Les peuples d’Orient, familiers des déserts, connaissent le prix de l’eau et l’importance qu’elle revêt car elle est indispensable à la vie. Si l’eau peut parfois inonder des régions entières et engloutir des villes, comme l’actualité nous l’a montré ces jours-ci, si elle symbolise ainsi  la mort dans la Bible , elle apparaît aussi comme nécessaire à la vie. Ce double symbolisme en fait le signe le plus parlant du baptême, sacrement qui nous plonge dans la mort avec le Christ et nous ressuscite avec lui, comme le dit saint Paul. L’eau est donc à la fois la mort et la vie.
Il est clair que c’est cette deuxième image qui est employée dans le texte que nous venons de lire. Jésus est assoiffé comme il le sera à la croix. Il a marché longuement sur les routes poussiéreuses de la Samarie. Il arrive fatigué à Sychar à midi. Le voici auprès du puits. Son corps a besoin de repos et d’eau fraîche.
Voici qu’une femme s’approche et, comme toujours, Jésus va profiter des circonstances pour engager un dialogue plus profond, nous invitant à aller au delà des apparences. Cette Samaritaine est une hérétique aux yeux des juifs. Les juifs ne parlent pas aux Samaritains. Un homme ne parle pas seul à seul avec une femme inconnue. Mais Jésus n’a rien à faire des apparences. Il y a urgence à ouvrir cette femme au mystère du salut. En quelques phrases, elle va ainsi passer de ses préoccupations ménagères à la question essentielle du salut de son âme. Le texte ne nous dit pas si elle a finalement offert à Jésus l’eau du puits, mais nous savons qu’elle y a reçu, elle,  la vie éternelle!
Les rôles sont donc bien inversés. C’est Dieu qui donne à boire comme il avait abreuvé son peuple avec l’eau du rocher dans le désert. L’initiative est toujours divine. Nous ne méritons rien. Tout nous est offert.
Durant notre carême, nous faisons des efforts de conversion parce que le Seigneur a soif de la pauvre eau de notre amour maladroit . Mais, au terme de nos 40 jours au désert, nous recevrons tout, bien au-delà de nos efforts et de nos mérites. À notre profession de foi mûrie dans la prière, au cours de la vigile pascale, le Seigneur répondra par l’aspersion de l’eau qui donne la vie, si fraîche, si nécessaire à notre monde au cœur, sec et calcifié dans son matérialisme. Jésus a soif de notre amour, et pourtant c’est lui qui va nous donner la vie. Le puits véritable, c’est son cœur transpercé par nos péchés d’où jaillit la vie et l’amour.
Prenons le temps, durant notre séjour au sanctuaire, de nous asseoir au bord du puits, près de Jésus. Prenons le temps du dialogue intérieur avec lui. Il nous dévoilera notre blessure et nous comblera de la douceur de sa miséricorde.
Ce jour là, tout avait commencé par une rencontre, à midi, au bord du puits, pour cette femme. Tout peut commencer aussi pour toi en ce lieu de grâce, dans la grande  paix des montagnes. Jésus a soif de ta foi. En retour il t’offrira l’infini de l’amour et de la vie. Sauras-tu aller à sa rencontre ? Entrer en dialogue avec Lui? Alors, tout pourra changer pour toi!

Père Michel Desplanches
Recteur