2e dimanche de l’Avent

dimanche 05 décembre 2021

Par le père Miguel Mekena-Mekongo, vice-recteur

« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse ».

Frères et sœurs bien-aimés, cette invitation du prophète Baruch que nous avons écoutée dans la 1ère lecture nous donne bien le sens de ce temps de l’Avent qui nous conduira à l’événement de la Révélation de Dieu en Jésus-Christ : l’Incarnation. Jérusalem, peuple saint, race choisie, sacerdoce royal, quitte ta robe de tristesse parce que la Parole de Dieu va entrer dans ton histoire.

L’Évangile de ce jour nous propose l’expérience de Jean le Baptiste afin que nous contemplions les dispositions qu’il nous faut avoir pour accueillir le Verbe. Saint Luc a recours à une formule particulière pour présenter l’investiture du prophète Jean-Baptiste. « La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie ». Cette formule est très souvent utilisée dans l’Ancien Testament pour présenter la vocation d’un prophète : dans le premier livre des Chroniques, lorsque le Seigneur envoie le prophète Nathan auprès du roi David, nous lisons : « La Parole de Dieu fut adressée à Nathan » (1 Ch 17, 3) ; c’est aussi le cas pour Jérémie (Jr 1, 4), Ézéchiel (Ez 34, 1) etc.

L’entrée de la Parole de vie qui dans l’histoire de ces prophètes préfigurait l’Incarnation où le Verbe s’est fait chair en Jésus-Christ pour habiter parmi nous. Dans le cas de Jean-Baptiste, cet événement intervient dans un contexte spirituel particulier, un contexte douloureux. En effet, cela faisait des siècles qu’Israël faisait l’expérience du silence de Dieu. Il n’y avait plus de prophètes, sa parole visiblement ne descendait plus sur personne. C’était un peuple à la nuque raide qui n’écoutait plus les prophètes et très peu disposé à accueillir la Parole. Mais Israël en a beaucoup souffert ; pour lui, le Ciel semblait fermé. Le psalmiste s’en plaint d’ailleurs au psaume 73 : il n'y a plus de prophètes et personne parmi nous ne sait dire jusqu’à quand cela durera ; plus personne n’indique les voies du Seigneur (cf. Ps 73, 9). Cette douleur du silence de Dieu nous permet de comprendre la joie annoncée par l’ange à Zacharie : « Ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Lc 1, 13b-14).

Peut-être en ce moment beaucoup parmi nous font l’expérience du silence de Dieu. Tu ressens certainement le silence de Dieu comme un vide insupportable, un terrible abandon venant de Celui à qui tu as donné ta vie. Tu as le sentiment que Dieu s’est tu, que l’Esprit semble s’être retiré, et malgré l’insistance de tes prières le Ciel reste silencieux, et tu as certainement peur d’avoir perdu l’amour de Dieu et son intérêt pour toi. Quitte ta robe de tristesse, parce que la descente de la Parole de Dieu dans l’histoire d’Israël à travers Jean le Baptiste, annonce l’entrée du Verbe de vie dans ton histoire pour mettre fin à ce silence qui te pèse tant. Voici alors ce qui, chez Jean-Baptiste, a favorisé l’accueil de la Parole.

« La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie ». La parole de Dieu descend sur Jean alors qu’il vit au désert. Le désert est un lieu qui a tellement apporté aux fils d’Israël. Mais la question ici est celle de savoir en quoi le désert crée les conditions pour l’accueil du Verbe dans notre histoire ?

Le désert est lieu de silence : Si nous sommes au quotidien baignés dans toute sorte de bruits qui nous étourdissent, comment la Parole pourrait-elle descendre et être reçue ? Nous avons parfois peur du silence parce que dans le silence émergent en nous des inquiétudes intérieures, et rejaillissent en nous toutes ces interrogations essentielles que nous cherchons souvent à étouffer en faisant du bruit. Ce temps de l’Avent est alors le moment de redécouvrir la puissance du silence. Prendre un temps de silence dans la journée pour que la Parole descende.

Le désert est aussi un lieu où nous retournons à l’essentiel. Il n’y existe pas de superflu ni de gaspillage. Au désert, le pain est pain, il n’est pas la brioche. Au désert, l’eau c’est l’eau, il n’est pas coca-cola. Au désert nous retournons à ce qui est nécessaire pour la vie, pas de superflu. Aujourd’hui, nous nous attardons sur tellement de choses superflues. La mode et la publicité qui déterminent si souvent une bonne partie de nos choix nous font perdre la tête et négliger l’essentiel, ce qui compte réellement pour réussir sa vie individuellement, pour construire une véritable famille et une vraie société. Retournons à l’essentiel pour que la Parole descende.

Le désert est un lieu où on n’accumule pas. Au désert, on ne peut porter ce qui nous alourdit. On prend juste ce que l’on peut charger sur les épaules. Dans ce sens, le désert nous protège de la servitude moderne de l’accumulation de biens pour paraître une personne bien, une accumulation qui porte à la compétition.

Le désert est un lieu où on ne marche pas seul. Il y est nécessaire de cheminer avec d’autres partageant tout ce qui est à disposition. Si tu t’isoles pensant faire ta vie en te désintéressant des autres, tu ne survivras pas au désert. Soyons attentifs à celui qui vit près de toi pour que la Parole descende.

L’expérience du désert peut alors nous aider pendant ce temps de l’Avent à nous préparer à accueillir la Parole, parce qu’on y apprend à faire silence, à retourner à l’essentiel, à nous détacher des biens qui nous surchargent inutilement, et à partager. Si nous consentons à faire cette expérience, il n’y a plus de raison d’être triste. « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse », parce qu’avec l’entrée du Verbe dans notre histoire la conversion à laquelle nous aspirons et pour laquelle nous nous battons se réalisera. Peut-être croyons nous que la colline de notre orgueil et la montagne de notre arrogance qui nuisent tant à nos relations ne disparaitrons jamais ; que les ravins de toutes les inégalités scandaleuses ne seront pas comblés ; que les chemins tortueux de nos choix insensés ne peuvent plus être redressés. Deux fois aujourd’hui, la Parole de Dieu nous fait la promesse que le Seigneur le réalisera : l’humilité vaincra l’arrogance, la charité viendra à bout des inégalités et la divine volonté illuminera nos choix.

 Et la dernière promesse de cet évangile, je veux la relire pour le compte de ceux qui endurent l’épreuve de la maladie : « et toute chair verra le salut de Dieu ». Dans notre chair fragile et faible, Dieu Lui-même interviendra, Il se manifestera. Bien-aimés, cultivons dès aujourd’hui la certitude de la victoire de Dieu sur toutes nos fragilités. Nous verrons ce salut qu’Il ne réserve pas à des privilégiés, mais à tous. Personne n’est exclu !

Loué soit Jésus-Christ !