Homélie du 2ème dimanche de Carême

dimanche 01 mars 2026

Par le père Philippe Blanc, vice-recteur

Après le désert du premier dimanche de carême, nous voici aujourd’hui sur une haute montagne. Au désert, le Christ a été victorieux du Tentateur, aujourd’hui, Il est transfiguré… son visage est brillant comme le soleil. Au désert, la puissance de la Parole déjoue les pièges et les séductions du Tentateur, aujourd’hui, la voix du Père se fait entendre et nous désigne le Fils bien-aimé. À nous de répondre à l’invitation qui nous est faite : écoutez-le !

Comme Abraham, notre père dans la foi, nous sommes à l’écoute de Dieu. En nous laissant rejoindre par sa parole, nous découvrons un chemin de vie et de lumière. Écouter la voix du Seigneur, prêter l’oreille à sa parole, c’est aussi renouveler notre décision de suivre le Christ. Dieu dit à Abraham : quitte… va… je te bénirai. C’est à nous aujourd’hui que ces paroles sont adressées : quitte tout ce qui blesse ton humanité et te fait oublier que tu es un enfant bien-aimé du Père ; va à la rencontre de ton Dieu et de tes frères pour devenir un artisan de paix et servir l’avènement du Royaume de justice et d’amour ; je te bénirai, toi qui as marché dans la confiance, la persévérance et la fidélité.

La grâce de notre baptême fait de chacun de nous un disciple missionnaire. Le disciple est celui qui se met à l’écoute et le missionnaire celui qui partage et offre ce qu’il a reçu. Lorsque saint Paul nous dit que nous avons été appelés à une vocation sainte, il nous rappelle que le Seigneur compte sur chacun de nous pour que sa parole soit annoncée dans toutes les nations, dans tous nos lieux de vie. Comme lui, nous sommes des serviteurs de l’Évangile et, comme lui, c’est par le témoignage de notre vie jour après jour renouvelée par la parole et la grâce du Seigneur, qu’à travers notre faiblesse humaine, nous sommes comme des sacrements de la présence du Christ. Chaque baptisé, et donc chacune de nos communautés et toute l’Église, est à la fois signe et moyen de l’union avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.

Nous aussi, aujourd’hui, nous pouvons redire avec l’apôtre Pierre : il est bon que nous soyons ici. Il est bon de prendre du temps pour se laisser rejoindre par le Seigneur et pour vivre cette expérience en communauté. Sur ce nouveau Sinaï qu’est la haute montagne, Jésus nous apparaît dans la lumière de la gloire. Il est le nouveau Moïse qui accomplit pleinement la Loi en vivant un amour qui va jusqu’au bout, un amour qui est source de libération. Il est le nouvel Élie, le Verbe fait chair qui vient en notre humanité, le Fils bien-aimé qui nous relève et nous apaise.

La lumière de Jésus transfiguré et ressuscité brille déjà sur nous et éclaire notre route. Elle nous rappelle que nous sommes des fils de lumière et qu’en nous tenant en présence du Christ nous avons la lumière de la vie. Voici une proposition pour cette deuxième semaine

de carême : accueillir la lumière qu’est le Christ, à sa suite, choisir de marcher dans la lumière, nous laisser revêtir par la lumière qui fait de nous des enfants bien-aimés.

Lors de la présentation de Jésus au Temple, Syméon reconnaissait en lui la lumière pour éclairer les nations. Et dans son enseignement à ses disciples, Jésus leur disait : Je suis la lumière du monde. C’est lui qui nous révèle le mystère du Père et de son amour et qui ainsi manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation. Là où est le Christ, la terre et le cœur de l’homme sont remplis de son amour.

Notre chemin de carême est un chemin de lumière par l’accueil d’un amour qui rend tout possible et qui est source d’espérance. Nous croyons que par l’annonce de l’Évangile un monde nouveau est déjà en train de naître, et cela se réalise d’abord au-dedans de nous-mêmes, au cœur de notre rencontre vivante et personnelle avec le Christ. En nous laissant évangéliser, en nous ajustant à la Parole écoutée, nous prenons notre part à l’évangélisation de notre monde, de notre culture, de notre société, de nos familles, de tous nos lieux de vie.

Sur la haute montagne nous sommes entrés dans la lumière et, en redescendant, c’est sur chacun de nos visages que la gloire du Christ transfiguré rayonnera et touchera au cœur les personnes que nous rencontrerons. Puisque le Christ est ressuscité ne craignons pas de parler de notre rencontre personnelle avec lui. Que la lumière qui brille au plus intime de nous-mêmes devienne lumière offerte et partagée. Comme le disait Mère Térésa, ce n’est pas combien nous donnons qui compte, mais combien d’amour nous mettons dans ce que nous donnons. C’est cela qui donne un sens nouveau à notre carême : accueillir la lumière de l’amour pour susciter l’amour de la Lumière qu’est le Christ.