Il y a quelques années, dans mon presbytère, en Provence, je prenais un soin jaloux d’un petit jardin bien abrité. À l’arrivée du printemps, un parterre de pensées explosait de couleurs et de fleurs somptueuses. Les dames de la paroisse s’extasiaient en disant : « si vous voyiez, mes pensées, c’est terrible… tandis qu’au presbytère, c’est une merveille ! » Je me rengorgeais en citant le passage d’Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées!»
Nous avons toujours la fâcheuse tendance à vouloir ramener les pensées de Dieu aux dimensions des nôtres. Or, notre vie de foi devrait nous faire voir les choses d’une façon totalement inverse : nos pensées devrait être celles de Dieu. Or, nous le trouvons souvent lointain, étranger à notre quotidien, finalement, peu abordable. Or, le prophète nous invite à l’invoquer « tant qu’il est proche », car, contrairement à ce que nous croyons, Dieu est proche. Si proche que sa grandeur nous aveugle et nous plonge dans la nuit. Les pensées de Dieu sont incommensurables. Et, paradoxalement, cette distance est, en Dieu, une proximité ardente et pleine de miséricorde.
Oui, ce n’est pas avec notre pauvre engrais humain que nos pensées deviendront celles de Dieu. Les efforts humains sont certainement nécessaires, mais pas décisifs. C’est bien l’ouverture à la grâce qui nous transfigure et nous élève. Et cette grâce ne dépend pas de nos calculs humains. C’est bien là l’expérience des ouvriers appelés à la vigne. La parabole ne décrit pas leur travail. Elle nous centre sur l’appel insistant du Maître à chacune des quatre périodes de la journée, car le Maître ne se lasse pas d’appeler: tous doivent travailler à sa vigne. Tous, nous avons à collaborer à l’œuvre de Dieu. Si la grâce de Dieu est puissante, elle ne nous dispense pas de travailler à la construction du royaume aujourd’hui, là où nous sommes. Disciples du Christ, nous ne sommes pas les spectateurs du monde dans lequel nous vivons. Dieu nous appelle tous à être acteurs, à travailler à l’édification d’un monde plus juste et plus aimant. C’est cela notre tâche.
Puis le récit nous détaille la remise du salaire par le maître de la vigne. Et là, il nous faut réaliser que le prix que nous recevrons ne doit rien à la justice distributive. Ce qui est promis au premier ouvrier sera aussi donné au dernier. Car le prix, c’est le royaume de Dieu, c’est le bonheur de vivre éternellement en Lui dans la lumière d’une joie infinie. Il n’y a rien en-deçà ni au-delà.
C’est bien ce que pressent saint Paul, lorsqu’il s’écrit : « pour moi, vivre, c’est le Christ. » Formule inouïe dans laquelle est concentrée toute la foi, l’espérance et la charité chrétiennes.
Chers amis, notre vie est appelée à la splendeur infinie de la gloire que Dieu veut nous partager. Ne la réduisons pas à des sauts de puce aussi minuscules qu’inutiles. « Invoquez le Seigneur tant qu’il est proche ! » Que sa grâce soit votre vie aujourd’hui et toujours. Et si parfois vous pensez être plongé dans la nuit, ne vous effrayez pas. Sachez que c’est là, paradoxalement, la preuve même que Dieu est proche de vous. Car sa grâce nous suffit. Et c’est elle que nous recevrons comme seul salaire!
Père Michel Desplanches
Recteur
Homélie du 25ème dimanche du Temps ordinaire
Sunday 20 September 2026