Homélie du 22ème dimanche du Temps Ordinaire

Sunday 30 August 2026

Par le père Philippe Blanc, vice-recteur

 

Nous avons encore dans l’oreille la question de Jésus « Pour vous, qui suis-je ? » et la réponse de l’apôtre Pierre, qui devient la nôtre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Au-delà de la formule, sommes-nous suffisamment conscients de ce que cette profession de foi implique pour notre vie ? Dans le monde, les bonnes paroles, les beaux discours, ne manquent pas. Ce que le Christ nous demande va bien plus loin : être prêts à le suivre jusqu’à Jérusalem où il va donner le témoignage de l’amour, d’un amour qui va jusqu’au bout du don de soi.

Peut-être, comme Pierre, n’avions-nous pas prévu un tel programme. La réaction de Jésus nous réveille de nos endormissements et de notre tiédeur : si nous refusons la croix, si nous n’acceptons pas de participer au sacrifice pascal du Christ, nous sommes pour lui des obstacles, plus, nous accomplissons l’œuvre de Satan, nous ne sommes pas dans le projet de Dieu.

Voilà des paroles qui nous bousculent ! Tel est bien pourtant l’enjeu et la grâce de la vie chrétienne à travers la diversité de nos vocations personnelles : vivre concrètement et réellement notre baptême qui nous a plongés dans la Pâque du Christ, sa mort et sa résurrection. Le chrétien, le disciple du Christ, marche sur les traces de son Maître. D’où l’invitation de Jésus : « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».

Même si cette parole nous dérange, nous ne pouvons ni l’ignorer, ni l’effacer. Recevons-la comme une Bonne Nouvelle qui nous est offerte aujourd’hui en nourriture. Cette parole est lumière pour éclairer notre route, pour nous aider au moment des choix et des décisions qui concernent notre vie et nos engagements. Chaque jour nous apprenons ce que signifie « prendre sa croix » et la fidélité nécessaire pour suivre le Christ. Ceux qui se contentent de vouloir « gagner le monde entier » pour s’imposer sont dans une impasse. Suivre Jésus ouvre un autre chemin, le seul qui conduit à la vie : demeurer fidèlement enraciné dans l’amour, dans l’amour qui implique un don total de soi et qui peut aller jusqu’à l’identification au Christ offrant librement sa vie pour ses amis.

N’oublions pas les paroles du prophète Jérémie : Dieu veut nous séduire et nous faire goûter à la tendresse de son amour et à la puissance de sa miséricorde. Telle est d’ailleurs la grâce de ce lieu où chacun peut faire l’expérience de l’amour et de la paix de Dieu. Débarrassons-nous de nos réticences et de nos lenteurs à croire et à répondre aux appels du Seigneur. Sa Parole est toujours nouvelle et actuelle. Oui, Dieu veut nous séduire, non pas avec les artifices du monde mais avec la vérité de son amour. Il veut nous séduire non pour nous manipuler mais pour nous faire expérimenter la joie de la liberté. Nous découvrons alors que notre cœur est brûlant d’amour pour que nous puissions embraser le monde. Mais, ne nous y trompons pas, ni la violence ni l’intolérance ne peuvent se prétendre d’un attachement au Dieu de toute miséricorde. Le témoignage du Christ est tout autre, c’est celui de Pâques, celui de la puissance de l’amour et de la vie.

Écoutons les conseils de saint Paul pour que nous assumions notre vocation de témoins et de missionnaires. Le premier peut nous surprendre : tous, nous sommes invités à offrir notre vie. Participant à l’eucharistie, nous nous joignons à l’offrande et au sacrifice du Christ pour que toute notre vie rende gloire à Dieu et manifeste le salut déjà à l’œuvre en nous-mêmes. C’est d’ailleurs ainsi que nous réalisons la dimension sacerdotale de notre baptême. L’autre conseil de l’apôtre est tout aussi utile et pratique : ne prenez pas pour modèle le monde présent. Ne faisons pas des modes et des théories qui se succèdent et qui ne respectent pas toujours la dignité de la personne humaine nos références. Ayons un certain discernement, éclairé par l’Évangile et l’enseignement de l’Église, par rapport à tout ce que l’on voit ou entend, aux sollicitations de tous genres, aux promesses sans lendemain. Là encore, la Parole de Dieu lue et méditée, priée et partagée peut nous renouveler dans la nouveauté de l’amour et la vérité.

Un appel nous est adressé : marcher ensemble à la suite du Christ et accomplir notre vocation commune qui est de glorifier le Père et de servir nos frères et sœurs. Entendons l’exhortation de saint Paul à nous laisser renouveler par la puissance de l’Esprit Saint afin de savoir discerner, accueillir et répondre à la volonté de Dieu en faisant « ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait ».