Homélie du 1er dimanche de Carême

dimanche 22 février 2026

Par le p. Philippe Blanc, vice-recteur

La Parole de Dieu est riche d’enseignement et, en quelques versets bibliques, c’est toute la beauté mais aussi le drame de l’humanité qui nous sont présentés. La beauté dans l’œuvre de création et cette dignité d’être vivant, respirant du souffle même de Dieu. Le drame dans ce désir ancien et actuel de vouloir être comme des dieux. A sa façon, saint Paul médite sur ce mystère du mal qui défigure l’homme, qui abime la création, qui provoque la mort. Mais il ajoute l’annonce d’une bonne nouvelle, qui est source de notre espérance : à cause de Jésus Christ nous règnerons dans la vie. L’histoire de l’humanité, c’est finalement l’histoire d’un combat spirituel et parmi toutes les crises qui affectent notre monde et notre société, la plus profonde est celle qui touche l’homme et la femme dans ce qu’ils sont, dans leur être profond, dans leur dignité transcendante. Comme l’écrivait un théologien : La grande douleur, c’est justement de se voir refuser cette transcendance qui est décidément, pour un homme, la seule possibilité d’exister.

Si l’œuvre de création est orientée vers la vie, l’œuvre du menteur et du diviseur a pour conséquence la mort. Dieu donne à l’homme et à la femme cette dignité unique et réelle de participer à la vie et d’être au service de toute vie. En cela, ils sont établis dans la ressemblance avec leur créateur qui est aussi leur Père. Les propositions du serpent ne sont que des promesses virtuelles et mensongères. Il promet ce qu’il ne peut donner. Il veut faire participer l’homme et la femme à sa propre révolte contre Dieu. Séduits par ses paroles, ils vont perdre la liberté de voir Dieu face à face et ils éprouveront même le besoin de se cacher l’un par rapport à l’autre.

Avec le psalmiste, c’est le cri de notre humanité blessée qui monte vers Dieu : crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis mon esprit. Malgré tout, l’homme se souvient de la fidélité de Dieu, de la fidélité de son amour manifesté tout au long de l’histoire du peuple élu, de ce peuple saint auquel nous appartenons par notre baptême. Conscient de son péché, de ses compromissions avec le mal, mais se rappelant qu’il est vivant par le souffle de Dieu, l’homme dit alors ne me reprends pas ton esprit saint. Et la réponse de notre Père, c’est l’envoi de son Fils, sa venue dans notre humanité. Par lui, et par lui seul, nous sommes conduits à la justification qui donne la vie. Par son obéissance et sa libre disponibilité à l’accomplissement de la volonté de son Père, la multitude est rendue juste. Le nouvel Adam est vainqueur parce qu’il est tout amour. Et le nouvel Adam fait de nous aussi des vainqueurs parce qu’il nous offre gratuitement cet amour.

Alors que le premier Adam se laisse entraîner dans la discussion et la négociation avec le serpent, et on sait où cela l’a conduit, Jésus, l’Adam des temps nouveaux, répond aux

tentations et aux mensonges du diable par l’autorité de la Parole de Dieu. Alors que l’amour de Dieu est donné sans condition, toutes les fausses promesses du diable sont soumises à un « si ». Ce qu’il propose n’est pas en vue de la liberté et de la grandeur de la personne humaine mais, bien au contraire, en vue de sa manipulation, de son exploitation, de sa soumission. Le péché conduit à l’esclavage. Seul l’amour garantit notre liberté.

Toute l’attitude humaine de Jésus dans cet épisode des tentations est de demeurer en présence de son Père et de faire mémoire de sa Parole. Il ne se laisse pas prendre aux pièges des séductions faciles mais il choisit la radicalité de la vie avec son Père. Il n’accepte pas de se servir égoïstement de la Parole de Dieu mais il se révèle comme serviteur de cette Parole. Il ne se laisse pas séduire par l’attrait des nouvelles idoles que peuvent être les pouvoirs ou les richesses, mais il proclame que seul Dieu est digne d’adoration.

Au désert, Jésus est la manifestation de l’homme libre. Il choisit la vie. En lui, il n’y a plus de « si », il n’y a que le « oui » du Fils, que le « oui » du don de soi, que le « oui » de l’amour qui s’offre et qui sait le prix de cette offrande.

Pendant ce temps du carême, nous sommes toutes et tous appelés à revenir vers Dieu. Et ce temps-là est souvent celui de la tentation car le diable n’apprécie pas notre désir de conversion. Ici, au Laus, le démon lutta avec Benoîte parce que par le sacrement de pénitence on lui ravissait trop d’âmes. Il vient nous persuader que de toute façon rien ne changera en nous, que Dieu se lassera de nous écouter, que nous en avons trop fait pour recevoir son pardon… Alors, répondons comme Jésus avec l’autorité de la Parole de Dieu : selon ta grande miséricorde, efface mon péché, ou bien crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, ou encore rends-moi la joie d’être sauvé. Cette Parole de Dieu dites avec confiance et sincérité, Parole efficace et Parole créatrice, Parole qui apaise et guérit, nous gardera sur les chemins de la vie et nous nous préparerons ainsi à la rencontre avec le Ressuscité, vainqueur de tout mal.

Durant ces quarante jours, cheminons vers la vie, cheminons avec la vie de Dieu en nous.