Homélie du 19ème dimanche du Temps ordinaire

Sunday 09 August 2026

Par le père Philippe Blanc, vice-recteur

 

Il n’est pas toujours facile de gérer ses peurs ! C’est le constat que fait l’apôtre Pierre, et nous aussi lorsque nous sommes confrontés à des événements imprévus qui viennent nous bouleverser et, parfois même, remettre en cause nos sécurités humaines. Les disciples ont déjà vécu un épisode de tempête sur le lac et là, ils disaient à Jésus :  nous sommes perdus ! Aujourd’hui, leur barque est battue par les vagues à cause d’un grand vent. Leur réaction ? Pris de panique, ils se mirent à crier.

Les évangélistes nous rapportent fidèlement les paroles et les gestes de Jésus. Ils sont marqués par leur culture et s’adressent à nous aujourd’hui pour fortifier notre foi et nous conduire à une vraie rencontre avec le Christ. Dimanche après dimanche, ils nous révèlent le visage de celui que la foi pascale leur permettra de proclamer : Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité : nous tous, nous en sommes les témoins.

Après l’agitation de la foule nourrie par la multiplication des pains, Jésus se met à l’écart, dans le silence et la paix de la montagne. Matthieu sait très bien que la montagne est le lieu du face à face avec Dieu, le lieu d’une révélation, d’une manifestation de sa gloire. L’événement de la Transfiguration nous l’a récemment rappelé et nous sommes aujourd’hui sur la montagne pour vivre une pareille expérience.

Pendant ce temps, les disciples sont envoyés pour précéder Jésus sur l’autre rive de la mer de Galilée. Et c’est alors que commencent leurs problèmes ! Là encore, Matthieu n’a pas oublié que, selon la tradition, la mer est le symbole pour signifier l’expérience humaine de la mort. Il se souvient de la prière du psalmiste : sauve-moi, mon Dieu : les eaux montent jusqu’à ma gorge !

Alors que ses disciples sont confrontés aux vagues et à la force du vent – qui symbolisent les tempêtes qui se succèdent dans nos histoires personnelles – Jésus ne les laisse pas seuls. Il vient vers eux. Tout le mystère de l’Incarnation est résumé dans ces mots : Jésus vient vers nous. Il vient vers nous pour nous révéler la puissance de l’Amour de Dieu, cet Amour qui ne cesse de susciter en nous une vie nouvelle et qui nous rend libres et vainqueurs de tous les vents contraires à notre vocation humaine et chrétienne.

Mais, alors que Jésus vient vers nous, nous ne savons pas toujours le voir et le reconnaître. Nous sommes encore bien souvent pollués par de fausses images et par notre propre imagination. Comme ceux des disciples, nos yeux sont empêchés de le reconnaître. Jésus n’est ni un fantôme ni un fantasme ! Il est réellement venu en notre humanité pour que par Lui, avec Lui et en Lui, nous retrouvions les chemins de la vie et la beauté de notre magnifique humanité. Il connaît nos lenteurs à croire, nos questions et nos doutes et nous l’entendons nous dire : Courage, confiance, c’est moi.

La traduction liturgique dit confiance, le texte grec dit courage. A nous d’accueillir le courage que nous donne la confiance en ce Dieu-avec-nous, en ce Dieu qui nous rejoint sur nos routes humaines pour nous conduire à la résurrection et à la gloire, à la victoire sur les vagues et les vents qui nous déstabilisent et qui déstabilisent notre monde. Là où est le Christ, la tempête est apaisée. C’est la grâce propre du lieu où nous sommes aujourd’hui, ce lieu voulu par la Vierge Marie : ici, nous pouvons accueillir la paix de la réconciliation, ici nous pouvons être libérés de nos peurs, ici nos tempêtes intérieures sont apaisées et guéries.

Aujourd’hui, comme le prophète Élie, sortons à la rencontre du Seigneur qui passe dans nos vies pour y établir sa demeure. Ne détournons pas notre regard, ne nous cachons pas, et apprenons de lui à regarder la beauté de la création et de ceux qui nous entourent. Le regarder en vérité, c’est recevoir la force de son amour qui nous délivre de nos peurs et de nos doutes. C’est aussi lutter contre la tiédeur qui nous conduit parfois à baisser les bras et à connaître le découragement. Le regarder, c’est nous laisser recréer par sa tendresse et sa miséricorde. Le regarder, et nous laisser regarder par Celui qui dit en nous voyant : cela est très bon.

Ainsi, en regardant le Christ avec amour, c’est nous qui proclamons aujourd’hui : Vraiment, tu es le Fils de Dieu !