Homélie du 18ème dimanche du Temps Ordinaire

Sunday 02 August 2026

Par le père Michel Desplanches, recteur

En ce dimanche, la liturgie nous invite à contempler la merveille d’un Dieu qui nourrit son son peuple avec surabondance. Nous l’avons déjà vu à Cana, lorsque Jésus s’est révélé publiquement pour la première fois.
Plus de vin… Et puis, soudain, la surabondance. Aujourd’hui, cinq pauvres pains, et, une fois la foule rassasiée, douze paniers sont remis aux disciples.
Ce paradoxe matériel est frappant, bien sûr (et il frappera les foules), mais il n’est que le signe d’autre chose. Bien sûr, nos mesurons là l’opposition entre la pauvreté de l’homme et l’infini du don de Dieu. Mais, beaucoup plus profondément, ces épisodes nous plongent dans le paradoxe spirituel fondamental que nous découvre Jésus-Christ : Dieu se fait pauvre pour nous enrichir tous. Et remarquons qu’il n’y a pas de conditions  au don  que Dieu nous fait.  Isaïe l’a rappelé : « même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer. Venez acheter du vin et du lait, sans argent et sans rien payer. »
L’homme compte, mesure, compare et pourtant, au bout du compte,  il lui manque toujours quelque chose. Isaïe poursuit : « pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Seule l’absolue gratuité de l’amour et de la grâce peut rassasier la faim insondable de l’âme. C’est là le sens profond de la multiplication des pains.
Lorsque l’on a découvert cela, c’est qu’on a déjà pris le chemin du don gratuit de soi-même. En effet, on ne peut pas goûter à la gratuité de l’amour de Dieu en voulant le garder pour soi, se l’accaparer. L’amour, comme le pain, est fait pour être partagé.
Regardons Dieu qui nous offre gratuitement l’alliance nouvelle et éternelle en nous livrant son Fils, uniquement par amour. Notre démarche sera alors d’entrer dans cette offrande gratuite et aimante du Christ , messe après messe, communion après communion. Goûtons avec délice à la surabondance de la vie et de l’amour que Dieu nous donne sans aucun mérite de notre part.
C’est cette alliance d’amour qui remplit le cœur de saint Paul d’une joie exultante, car désormais, dit-il , « rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ de Jésus, notre Seigneur. »
Entrer dans l’alliance nouvelle et éternelle, c’est donc faire l’expérience bouleversante d’une relation d’amour que rien ne pourra briser. Le pain multiplié «dans un endroit désert », c’est bien Dieu qui, en Jésus, se vide de lui-même pour nous  faire vivre de lui et en lui infiniment.
Nous le lisons dans l’Évangile, Jésus est «saisi de compassion » envers cette foule qui le suit à pied dans le désert avec ses malades. Il se laisse toucher par la misère de cette foule qui a soif de santé, de pain, de connaissance de Dieu.
N’est pas là le chemin de compassion que Jésus ouvre à l’Eglise ? Instruire, soigner, sauver les âmes. Voilà pourquoi l’Eglise a, partout dans le monde, le souci de créer des établissements d’enseignement, des établissements de soins, et des lieux de culte où se célèbre l’alliance nouvelle est éternelle.
Ainsi, partout dans le monde, Jésus accueille la misérable offrande de nos cinq pauvres pains et partout, il rassasie les foules au-delà même de leur attente.
À chaque eucharistie, ce pauvre pain offert  devient alors le corps très saint du Christ livré par amour pour que le monde ait la vie.
Et tout cela est gratuit. La vraie nourriture, celle qui nous comble, ne s’achète pas, elle se reçoit les mains vides.
Ici, Benoite a offert sa pauvre petite vie de bergère des Alpes. En retour, le Seigneur l’a comblée bien au-delà de tout ce qu’elle pouvait imaginer. Et, aujourd’hui comme hier, Benoîte ne cesse de partager à tous la surabondance de l’amour dont elle a fait ici l’expérience.
À la suite des apôtres partant avec 12 corbeilles de pain, à la suite de Benoîte, en redescendant de la montagne, à notre tour,  partageons à tous les merveilles que nous avons contemplées et accueillies en ce lieu béni où l’infinie douceur de l’amour divin nous est partagée. Car désormais nous le savons de façon certaine: rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour du Christ.

Père Michel Desplanches
Recteur