Dans le contexte sociétal qui est le nôtre, il n’est pas superflu d’entendre l’auteur inspiré du livre de la Sagesse nous rappeler que Dieu a enseigné à son peuple à être humain. Et donc on pourrait dire que devant nous s’ouvrent deux voies. Celle de l’humanisation qui permet à toute personne de s’accomplir et de s’épanouir, et celle de la déshumanisation qui fait dépendre la dignité humaine de la rentabilité, de la réussite mondaine, quitte à rejeter la personne lorsqu’elle est jugée inutile ou trop coûteuse.
Alors que nous reconnaissons une grave crise anthropologique, revenons à Dieu qui nous révèle la beauté et la grandeur de l’humain. Accueillons le Christ car ce n’est qu’en lui que le mystère de l’homme s’éclaire vraiment, ce n’est que lui qui « manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation ». Voilà le bon grain jeté dans la terre de notre humanité. Voilà comment se manifeste le Dieu plein d’amour et de vérité. Voilà la belle espérance qui continue à éclairer notre route et qui nous pousse à prendre notre part dans la construction urgente de la civilisation de l’amour.
Comme le psalmiste le chante : notre Dieu est grand et il fait des merveilles. La vie humaine, fruit de son amour et de son acte créateur, est une de ces merveilles. Et nous faisons le triste constat qu’elle est sans cesse menacée par celui qui « se jette en travers du dessein de Dieu et de son œuvre de salut accomplie dans le Christ ». Mais au cœur de notre faiblesse, nous ne sommes pas seuls. Rappelons-nous des paroles de saint Paul : l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse. L’ivraie qui semble envahissante ne doit pas nous faire oublier le bon grain qui porte beaucoup de fruits pour la gloire du Père et le salut du monde.
Avec des paroles fortes et claires le concile Vatican II disait – et ces paroles ont été reprises par le saint Pape Jean Paul II dans son encyclique L’Évangile de la vie – « tout ce qui s’oppose à la vie elle-même… tout ce qui constitue une violation de l’intégrité de la personne humaine… tout ce qui est offense à la dignité de l’homme… corrompt la civilisation, déshonore ceux qui s’y livrent et insulte gravement à l’honneur du Créateur ».
Le Dieu de la vie, qui en est la source et le terme, fait de nous et donc de son Église « un peuple de la vie et pour la vie ». Le royaume des temps nouveaux de l’Évangile ne verra le jour que dans la mesure où chacun, dans le champ d’action qui est le sien, accepte d’être le bon grain qui révèle et proclame la grandeur de Dieu et de l’homme, sa créature voulue par amour et pour l’amour. Chacun, là où il vit, peut être comme la petite graine de moutarde capable lorsqu’elle a poussée de devenir un refuge pour accueillir et accompagner les blessés de la vie, les petits et les malades, les laissés pour compte de la société de consommation. Chacun, dans son milieu de vie peut être comme le levain qui, par son témoignage rayonnant et attirant, peut faire lever un monde nouveau où chacun est reconnu, respecté et défendu non pas pour ce qu’il fait ou produit, mais pour ce qu’il est : image et ressemblance inviolable de Dieu.
C’est ainsi que nous serons des collaborateurs efficaces en vue de l’avènement du royaume de justice et de paix. Ce royaume est tout proche lorsque nos actes d’amour donnent une dimension nouvelle à notre vie. Comme l’enseignait saint Jean de la Croix : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. »
Si nous nous laissons prendre aux pièges du Mauvais et du diable, nous prenons le risque d’être séparés « d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire ». A nous aussi de savoir distinguer entre le péché et le pécheur. Si nous continuons à nous engager et à prier pour que le péché soit vaincu, nous ne cessons en même temps de porter le pécheur dans notre supplication. Le livre de la Sagesse nous disait d’ailleurs qu’après la faute Dieu accorde la conversion.
Telle est aussi la grâce et la mission de ce lieu, selon le désir maternel et aimant de la Vierge Marie, Ève nouvelle qui engendre le Maître et le Sauveur de toute vie : « J’ai demandé ce lieu à mon Fils pour la conversion des pécheurs et Il me l’a accordé ».
Avec le psalmiste, soyons dans la confiance et demeurons dans l’espérance car le Seigneur écoute nos prières et entend nos voix qui le supplie.