La liturgie de la Parole de ce dimanche nous invite à ne pas être statiques et immobiles. Cette Parole, qui est une bonne nouvelle, vient sans cesse nous bousculer et suscite notre réaction. Il ne s’agit pas d’une parole morte, de simples récits du temps passé, de discours théoriques. L’auteur du livre du Deutéronome est assez clair à ce sujet : elle est tout près de toi cette Parole… afin que tu la mettes en pratique. Et Jésus insiste à son tour : vas, et toi aussi, fais de même. Nous sommes donc en présence d’une parole vivante, du Verbe qui se fait chair pour nous et qui nous confie comme mission, non seulement d’apporter la parole, mais de permettre à cette parole de transfigurer notre vie humaine, cette vie d’aujourd’hui qui est pour chacune et chacun de nous le moment favorable pour le témoignage, la proclamation et la célébration. C’est aussi à cela que nous a invité la prière d’ouverture lorsque nous demandions au Seigneur de nous aider à rechercher ce qui fait honneur au nom de chrétien.
Si nous voulons concrètement faire honneur au nom de chrétien, écoutons l’évangile, et n’oublions pas qu’après l’écoute il y aura le nécessaire apprentissage pour le passage aux actes. Toutes les rencontres de Jésus nous montrent que c’est dans l’humble concret de la vie personnelle, de la vie ordinaire de chaque jour qu’un vrai changement peut advenir. Le docteur de la Loi sait réciter le commandement, et c’est déjà mieux que de l’ignorer. Mais ce n’est pas suffisant ! Tout va changer lorsque Jésus lui dira : fais ainsi et tu vivras. La vie nouvelle dépend donc de notre liberté et de notre disponibilité pour mettre en pratique la parole de vérité que nous avons reçue. La parole devient chair lorsqu’elle transforme notre façon de voir l’autre, lorsqu’elle nous permet de prendre l’initiative pour nous approcher de lui, lorsqu’elle chasse nos peurs qui nous feraient passer de l’autre côté de la route.
Le prochain n’est pas celui ou celle que l’on choisit, mais cette personne qui croise notre route et qui est peut-être blessée et défigurée par les épreuves de la vie. Aller vers l’autre n’est pas d’abord un élan des sentiments, mais un élan de la charité, de l’amour qui se fait don. Regarder l’autre n’a pas pour objectif de l’évaluer ou de le juger, mais d’être capable de reconnaître en lui la présence de Dieu lui-même, et de l’appeler frère ou sœur.
Comme nous le montre l’évangile, il n’est pas facile de mettre en pratique la parole que nous annonçons, la parole qui nourrit notre prière. Le prêtre et le lévite connaissent bien cette parole, elle est au cœur de leur vie, elle est l’objet de leur étude. Mais, là encore, ce n’est pas suffisant ! Cette parole est peut-être sur leurs lèvres, mais elle n’est pas encore dans leur cœur. Le Samaritain, lui, est saisi de compassion, autrement dit son cœur a été touché. Ses yeux ont vu, et il ne peut rester indifférent ou passif, comme si cela ne le concernait pas. Il ne craint pas de se salir les mains pour porter secours à celui qui en a besoin. Sur la route, il ne voit pas seulement un blessé, il voit un frère ; il s’abaisse au plus bas pour rejoindre le frère laissé à moitié mort. La compassion qu’il éprouve montre la qualité de son humanité. Il s’approche, panse les blessures, verse de l’huile sur les plaies, et conduit l’homme à l’auberge. Autrement dit, il prend soin de cet homme. Non seulement il aime Dieu, car lui aussi connaît la Loi, mais il met en pratique les conséquences de cet amour : il aime son prochain. Par ses soins et son engagement à se mettre au service de l’autre, il réhabilite l’homme blessé qui devient l’homme guéri. Tant que l’amour est seulement un projet pour plus tard, est-ce vraiment de l’amour ? Le Samaritain nous donne sa réponse : il écoute la voix du Seigneur, il observe ses commandements, il met en pratique. Et Jésus nous dit que c’est ainsi que la vie de Dieu se manifeste dans notre propre humanité. Fais ainsi et tu vivras.
Ce qui fait honneur au nom de chrétien, c’est justement cela : que nous soyons attentifs et disponibles pour faire la volonté du Seigneur. Et cette volonté est toujours la révélation d’un amour offert à tous et qui fait goûter à la joie de vivre. Être saisis de compassion, prendre soin… voilà des attitudes chrétiennes qui manifestent que le Verbe de Dieu est bien vivant en nous et qu’il continue à agir par nous. Le Verbe de Dieu prend chair en nous afin que toute notre vie soit une vraie bonne nouvelle. La bonne nouvelle d’un amour qui guérit, réconcilie, pacifie et remet debout dans la belle dignité d’enfants bien-aimés du Père.
Avec saint Paul, contemplons le Christ, lui le premier-né, avant toute créature qui fait la paix par le sang de sa Croix. C’est de lui que nous apprendrons jour après jour à aimer du plus grand amour. Au jour de notre baptême, nous ne sommes pas seulement devenus « chrétiens », nous sommes devenus Christ. Soyons donc sacrements de l’amour du Christ les uns pour les autres. Tel est le chemin de notre sainteté au quotidien. En vivant cela, nous serons les uns pour les autres de bons samaritains.