Ami des santonniers de Provence depuis bien des années , je leur ai demandé un jour, quel était le santon le plus vendu parmi tous les personnages de la crèche. De manière inattendue , tous ceux qui étaient là m’ont répondu: « le santon que l’on nous réclame le plus souvent, c’est le ravi! » Lorsque j’en ai demandé la raison, on m’a expliqué que, ses bras étant détachés du corps, il était le santon le plus fragile et qu’il fallait souvent le remplacer… J’avoue que je m’attendais à une réponse moins prosaïque…! Mais ce fut l’occasion d’aller un peu plus loin… On le sait bien, le ravi du village, il est un peu simple, un peu naïf, un peu fragile. C’est un bras cassé comme le disent les santonniers… Pourtant il est indispensable à la crèche. Pourquoi ? Parce qu’il incarne à la perfection l’émerveillement et la spontanéité qui manquent à notre quotidien normé, et si souvent cynique. Le ravi, en effet, il voit ce que l’œil ne peut pas voir. Il n’est pas idiot, loin de là! Son intelligence est différente de celle des autres, c’est tout.
Certains pensent qu’un fada est un fou. Pas du tout ! C’est, littéralement en provençal, celui qui a vu les « fado», les fées. Ainsi, le ravi voit l’invisible.
Il est le seul santon qui ne porte rien dans les mains, ni tresse d’ailleurs, ni pompe à l’huile, pas même un lapin de de garenne. Non, il n’a rien dans les mains, que son enthousiasme, son émerveillement et sa foi. Il est innocent comme l’Enfant qui vient de naître à Bethléem. Il ne sait pas se défendre ni cacher ses sentiments, comme nous le faisons si bien… Le "qu’en dira-t-on"? Il s’en moque! On peut penser ce qu’on veut de lui. Il s’émerveille et se réjouit, tout simplement. Il est ravi, c’est-à-dire emporté par la joie qui le saisit devant le spectacle de cette pauvre famille, dans une étable, au cœur de la nuit. Le ravi ne s’appartient plus depuis longtemps : le Seigneur a pris son cœur, il l’a comblé de la joie du ciel en cette nuit très sainte.
Chers amis, c’est la vg même joie qui a porté Benoîte Rencurel, la bergère du Laus, au soir de Noël 1700 lorsqu’elle a vu une grande procession d’anges se déployer dans la basilique et chanter la gloire de Dieu en portant des étendards. Ce soir, rien que ce soir, laissons-nous nous aussi, gagner par la joie qui éclate dans le ciel. Pour un instant, laissons de côté les soucis qui nous accablent et les angoisses qui nous étreignent. Communions simplement, fraternellement, à la joie de tous les chrétiens, quelle que soit leur situation. Ce soir n’est pas comme les autres soirs. Notre ravi le sait bien. Avec lui, communions à la joie de tous nos frères, qui, ce soir, savent que Dieu ne les abandonne pas. Il vient à nous comme un enfant désarmé dont le seul regard peut transformer nos vies. Laissons l’innocence de Dieu nous rejoindre où que nous soyons. Cette innocence et plus puissante que tous les péchés du monde. En effet, au milieu des bergers, cet enfant est déjà l’Agneau véritable qui s’offre sans retenue pour sauver le monde.
Alors, rejoignons le peuple des ravis ! Levons nos mains et nos cœurs ! Un Sauveur nous est donné. Dieu est au milieu de nous et nos yeux contemplent ce visage béni que nous présente la Vierge Marie. C’est le visage de la paix, c’est le visage de la joie secrète Qui irrigue secrètement ce monde… Ce visage de l’Amour, c’est tout le mystère de Noël . Dieu ne parle pas…. Dans le silence, il donne sa vie, et nous prend dans sa joie!
Père Michel Desplanches
Recteur