25ème dimanche du temps ordinaire

dimanche 19 septembre 2021

Par le père Miguel Mekena-Mekongo, vice-recteur

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera »

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Voilà ce que Jésus essaye de faire comprendre à ses disciples depuis dimanche dernier, mais ils sont visiblement possédés par des esprits qui les ferment à cela. Dimanche dernier, Pierre lui a fait de vifs reproches quand il leur enseignait qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté, tué et qu’il ressuscite trois jours après. Aujourd’hui, il parle à ses disciples en marchant avec eux en cachette pour qu’ils intègrent mieux l’idée de la passion. Mais eux, ils ont l’esprit à leurs rêves qu’ils espèrent réaliser en se servant de Jésus. Ils sont avec lui physiquement, mais leur cœur est bien loin de lui.

Le Seigneur fait déjà ici l’expérience de la solitude. Il y a là un véritable malentendu entre eux, des personnes qui pourtant s’aiment, comme on en voit quelquefois au sein des couples qui s’aiment, qui vivent sous le même toit mais qui ont des perspectives de vie complètement opposées. Nous sommes venus aujourd’hui chapelet dans la poche, médaillon de baptême autour du cou ; mais n’y a-t-il pas un malentendu entre notre Bien-aimé Jésus et nous ? Avons-nous adhéré ou voulons-nous adhérer au choix de vie qu’il nous propose ? Jésus n’est-il pas tout seul en ce moment dans ta vie ?

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Mais pourquoi Jésus revient tant sur cet enseignement ? Pourquoi insiste-t-il ? Je crois qu’il veut que le sens de l’homme nouveau, du chrétien nouveau, des époux, frères, sœurs, amis nouveaux soit bien clair dans l’esprit de ses bien-aimés disciples que nous sommes.

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Le Fils de l’homme ici c’est l’homme selon Dieu, c’est l’homme mû par la vie nouvelle, la vie dans l’Esprit, la vie divine. Cet homme là est livré aux mains des hommes. Qui le livre aux mains des hommes ? Juda ? Non ! Lui, il le livre aux mains des grand-prêtres et des anciens. C’est Dieu qui livre le Fils de l’homme, l’homme nouveau aux mains des hommes pour créer un monde nouveau qui ne sera plus animé par la compétition. Il livre l’Agneau. Voilà une très belle image de Dieu : Dieu qui s’abandonne entre nos mains. Parce que qui aime vraiment se livre aux mains de la personne aimée. Aimer c’est se livrer à l’autre.

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Voilà l’homme nouveau qu’il soit prêtre, consacré, laïc, époux, ami, frère, sœur : c’est celui qui se livre ; et en se livrant ainsi par amour trouve la Vie. L’homme ancien c’est celui qui croit que le succès maximum c’est avoir l’autre ou les autres entre ses mains pour disposer d’eux à volonté ; c’est celui qui croit qu’il va vaincre la mort en accumulant les biens matériels, en développant un pouvoir de domination, en ne pensant qu’à soi et en jouissant de la vie : Non, ça c’est perdre la vie. L’unique moyen de vaincre la mort est de donner sa vie.

« Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera ». Cela, les disciples ne le comprennent pas. Quelle logique y aurait-il à être perdants, à être serviteurs ? Renoncer à avoir son conjoint, son ami, entre ses mains pour consentir à se livrer aux siennes : c’est pas facile ! C’est même douloureux. Les disciples qui voulaient savoir qui est le plus grand parmi eux se taisent lorsque Jésus leur demande de quoi ils discutaient en chemin. Ils savent que sur la question de la recherche des premiers postes, de la carrière ecclésiastique, des titres honorifiques, des genoux flexions, le Seigneur est clair.

Chers frères et sœurs, cette pulsion de devenir grand, d’être le premier, supérieur aux autres, de valoir quelque-chose, nous l’avons-tous en nous. Le Seigneur qui nous a créés le sait. Il sait que nous avons besoin de l’assouvir. Mais comment l’assouvir ? Très souvent nous voulons être grand en cherchant quelqu’un qui nous fait nous sentir grand. Lorsqu’ils nous mangent dans la main, alors on se sent grand ; et on ne manque pas d’imagination pour toujours le ressentir. Cependant, l’Esprit révèle à Saint Jacques que cela engendre les guerres, de la violence. Jésus nous invite aujourd’hui à ne pas nous tromper sur la façon d’être vraiment grand. Pour le Fils de l’homme, la question n’est pas de savoir comment être admiré, mais par qui l’être.

Si nous voulons être admirés par les hommes, nous chercherons à nous élever au-dessus de tous. Qui veut gravir une échelle sociale ne perd pas le temps avec les pauvres, les malades, les vaut-rien, mais s’associe aux hommes de pouvoir. Cependant, si nous voulons être grand aux yeux de Dieu, ce n’est pas en nous élevant pour regarder tout le monde de haut ; ce n’est pas seulement un chemin différent que nous avons à emprunter, c’est le chemin opposé que nous devons suivre. C’est en nous abaissant. Jésus met un enfant au centre. Il met un être fragile, qui a besoin des autres, qui est livré aux mains des hommes, qui ne nous rendra pas en honneur ni en argent l’aide que nous pourrons lui apporter.

Le Seigneur nous dit, qui l’accueille m’accueille ; qui l’accueille accueille l’idée de l’homme nouveau que je propose : Qui veut être le premier doit être le dernier de tous et le serviteur de tous. Voilà un enseignement avec lequel j’ai du mal personnellement. Ce n’est pas être serviteur qui fait problème. Mais c’est qui servir qui est problématique. Il est agréable d’être au service de personnes sympathiques, qui mesurent la valeur des sacrifices consentis, qui se montrent reconnaissantes. Mais le message du Seigneur n’est pas équivoque : être serviteur de tous, même de ceux avec qui nous avons du mal en ce moment. C’est cette humilité qui accueille l’humilité de Dieu. Puissions nous dans cette eucharistie retrouver notre âme d’enfant. Et je vous propose d’adresser souvent au Seigneur ces paroles du psaume 130.

Seigneur, je n'ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère.